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Célèbre danseuse du Moulin-Rouge de la Belle-Epoque,
immortalisée par le peintre Toulouse-Lautrec

 

Jane AVRIL
(née Jeanne Louise BEAUDON dite)

née le 9 juin 1868 à 17 heures à Paris 20e selon acte n°1485
(selon AD Paris en ligne)

décédée à Paris le 16 janvier 1943

 

Enfant maltraitée, puis hospitalisée, c’est la danse qui la « guérit » de sa « folie » !

Elle naît dans le quartier de Belleville à Paris, d’une mère demi-mondaine et d’un marquis italien, dont elle hérite l’élégance artistique. Cependant, il ne la reconnaît pas. L’enfance de Jeanne est difficile, battue par sa mère alcoolique, elle se fait fugueuse et se retrouve placée en institution. Ses troubles nerveux entraînent son hospitalisation, pour épilepsie et hystérie, à l’Hôpital de la Salpêtrière auprès du célèbre Dr Jean-Martin Charcot.

Très aimée des infirmières, celles-ci organisent même en son honneur, un bal masqué. L’ambiance et la musique  lui inspirent tant de joie de vivre, que Jeanne se met à danser et virevolter au rythme des accords. Devant cette métamorphose, les médecins commencent à douter de sa folie et après des examens complémentaires, la déclarent guérie.

Mais au lieu de retrouver le cadre familial selon le souhait de sa mère, elle est prise en pitié par des prostituées qui la recueillent et dont elle partage la vie. C’est alors qu’elle découvre la vie nocturne parisienne, et notamment le Bal Bullier où se révèle sa passion pour la danse. C’est un des haut-lieux des soirées parisiennes, où des femmes mi-danseuses, mi-prostituées, font la joie d’une jeunesse étudiante assidue. Aux accents d’Orphée aux Enfers, son corps pris par la folie du rythme, s’électrise. On la surnomme Fil de soie en raison de sa minceur.

Elle se souvient de cette découverte « miraculeuse » de la danse : Un jour, j'ai dansé comme un chevreau. On avait fait cercle autour de moi. J'avais l'air d'une enfant ; mes cheveux voletaient. Et je me souviens d'une robe "Empire", blanche rayée de mauve, qui, autour de moi s’épanouissait.

 

Sa façon explosive d’exécuter le quadrille lui vaut les surnoms de Jeanne la Folle ou la Mélinite (explosif)

Puis, elle part danser à la Closerie des Lilas où elle rencontre ceux qui vont devenir sa future famille faite d’intellectuels et d’artistes : Paul Fort, Mallarmé, Verlaine, Oscar Wilde, Huysmans, Barrès, Renoir, Alphonse Allais… Ce dernier veut même l’épouser. Elle est adulée des hommes.

Pour gagner sa vie, elle fait différents petits métiers : écuyère à l’Hippodrome de l’avenue de l’Alma, caissière à l’Exposition Universelle de 1889

Sa rencontre avec l’imprésario Charles Zidler lui permet d’entrer au Moulin-Rouge. Fondé en 1889, ce cabaret accueille les bourgeois et bohêmes de Montmartre venus applaudir Yvette Guilbert, Valentin  le Désossé, La Goulue

Elle s’y montre toujours vêtue de rouge et coiffée d’un chapeau noir. Dès lors, elle seule a le droit de porter des jupons de couleur tandis que les autres danseuses doivent se contenter du blanc.

Ainsi on lui doit la tradition de la robe rouge toujours portée par la soliste de revue.

 

Pour Jane, intelligente, sensible, artiste dans l’âme, la danse demeurera, une folie douce et consolante

A la différence de La Goulue et des autres danseuses, elle danse avec grâce, élégance, pudeur et sans vulgarité. Dans un autre style, elle remplace La Goulue quand celle-ci quitte, le Moulin-Rouge en 1895.

On la retrouve également danseuse à l’Eldorado, au Jardin de Paris, au Tabarin, au Théâtre Sarah Bernhardt. Un temps, elle est mime aux Folies Bergères ou partenaire de Mistinguett au Casino de Paris.

 Elle devient l’égérie du peintre Henri de Toulouse-Lautrec dont elle admire le talent et qui, pour elle, délaisse La Goulue.

Au début du 20e siècle c’est elle qui exporte le French Cancan dans les principales capitales européennes.

En 1899, elle a un fils qui sera placé dans une famille adoptive mais qu’elle visitera régulièrement.

Le 7 juin 1911, à 42 ans, elle épouse le peintre et dessinateur Maurice Biais et se retire à Jouy-en-Josas. Dès lors, sa carrière de danseuse prend fin, mais son mariage est un désastre. Son mari souvent absent, s’endette au jeu et Jane doit vendre bijoux et peintures. Il la quitte définitivement et décède pauvre en 1926. Jane Avril obtient une aide financière mensuelle de ses belles-sœurs.

Quand en 1941, invitée par des amis pour un repas en son honneur à Paris, elle les subjugue en improvisant un ballet et au son de la musique, en un instant, elle retrouve toute la grâce de sa jeunesse :

Je serais capable, en dépit de mes cheveux blancs et du « qu’en dira-t-on » de me laisser emporter par la musique ! C’est peut-être l’une des multiples expressions de ce qu’il est convenu d’appeler la folie. Si c’en est une, elle me fut toujours douce et consolante, elle m’a aidée à vivre et je reste son esclave enchantée. Si dans l’autre monde existent des dancings, il n’y a rien d’impossible à ce que j’y sois conviée pour y interpréter la danse macabre.

Sacha Guitry intervient pour qu’elle entre à la maison de retraite des artistes lyriques, en avril 1942.

Elle décède à 75 ans, en janvier 1943, et est inhumée au cimetière du Père Lachaise.

 

 

 Jane AVRIL


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


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