les Actus DN
en collaboration avec la FDAF - www.fdaf.org

 

accueilindex alphabétiquepar thèmesles dossiers

 

Première Française à participer à une course automobile, cette scandaleuse, férue de sports casse-cou, va exceller dans le nautisme et d’autres activités audacieuses avant de dédier sa vie à la protection des animaux.

télécharger cet article

 

Camille du GAST
Marie Marthe Camille DESINGE veuve CRESPIN dite…

Née le 30 mai 1868 à 5 heures du matin à Paris 10e
Selon acte n°2393 - Archives de Paris en ligne – V4 E 1222 – vue 8/31

Décédée le 24 avril 1942 à 11h à Paris 17e

 

 

 

Seule femme licenciée à l’Automobile Club de France

A l’aube du 20e siècle une femme au volant, c’est rarissime, mais la retrouver pilote de course, c’est incroyable ! Alors, imaginez l’étonnement de la presse qui voit cette « Walkyrie de la mécanique » terminer 33e sur 122 participants à la grande course Paris-Berlin de 1901, à bord de sa grosse Panhard et Levassor.

Issue de la haute bourgeoisie parisienne, Camille conduira sa vie en pionnière audacieuse, en toute liberté et indépendance d’esprit, sans se soucier des usages et conventions liés au statut de la femme, ni du parfum de scandale.

Celle que l’on surnommera aussi « l’amazone aux yeux verts » se marie à 22 ans avec Jules Crespin, fils du créateur des Grands Magasins Dufayel en 1890. Son mari l’accompagnera souvent dans ses compétitions en tant que copilote.

Pianiste et chanteuse, elle participe aussi à des concerts.

Passionnée de sports, elle est une des premières femmes en France à oser sauter en parachute. Elle fait de l’alpinisme, de la luge et invente même une discipline : la descente en parachute-nacelle.

A l’instar de la duchesse d’Uzès, elle obtient en 1897 l’équivalent du permis de conduire.

 


Paris-Madrid 1903

Lors de son départ en 1903 pour la course Paris-Madrid, Camille du Gast est applaudie par une délégation de femmes sportives et, convention oblige, reçoit le baisemain du marquis de Dion. Il est 4 heures du matin et c’est le début d’une folle course pour ces pilotes que l’on surnomme « les buveurs d’air ». Poussière, dépassements, dos d’âne, pointes de vitesse à 120 km/h, c’est la course de tous les dangers. Camille du Gast est dans le peloton de tête mais prend le temps de porter secours à un malheureux pris sous son bolide retourné.

Humaniste à l’âme de sauveteur, elle fondera plus tard des dispensaires pour filles-mères et femmes démunies.

La course sanglante est interrompue à Bordeaux et les bolides rentrent tristement par le train.

 

Indésirable sur les courses automobiles, pour cause d’inexpérience et de nervosité féminine !

Camille du Gast atteinte par le virus de l’automobile enchaîne les exploits. Elle décide alors de participer à la coupe Gordon-Bennett de 1904 qui doit se dérouler entre Berlin et Paris. Comme la presse allemande s’indigne de voir une femme au volant, l’ACF (Automobile Club de France) décide d’exclure en 1904 Madame du Gast… pour cause d’inexpérience et de nervosité féminine !

 


Camille du Gast essaie la Benz Parsifal aux côtés de Marius Barbaroux, ingénieur et pilote engagé par Karl Benz.

 

Grandement déçue mais pas vaincue, notre intrépide décide de se lancer dans le moto-yachting. Plantureuse amazone vêtue d’une robe longue corsetée et coiffée d’une casquette de capitaine (avec voilette), lors du meeting de Juvisy, elle se classe avec une certaine crânerie comme l’indique la presse.

Elle pratique le yachting jusqu’en 1905 où elle échappe de justesse au désastre de l’épreuve Alger-Toulon où elle sera déclarée vainqueur deux mois plus tard !

Taillée pour les sports de déplacements, elle s’essaie à des traversées à cheval au Maroc.

 

 

En 1910, des ennuis familiaux l’amènent à consacrer sa vie à la protection des animaux.

Aventureuse, insouciante du qu’en-dira-t-on, elle continue ses audacieuses activités sportives jusqu’en 1910 où des ennuis familiaux orientent sa vie différemment. Elle a 42 ans.

En effet, sa fille tente d’extorquer de l’argent à cette mère si célèbre. C’est ainsi que Camille échappe de justesse à une tentative d’assassinat en pleine nuit, chez elle, fomentée par des voyous amis de sa fille.

En femme peu impressionnable et qui en a vu d’autre, elle tient tête et met ses agresseurs en fuite.

Camille du Gast tourne alors définitivement la page de l’aventure et des exploits sportifs pour se consacrer à ses chers animaux jusqu’à son décès en avril 1942. Et dans son acte de décès, sa profession est « présidente de la SPA ».

En 1927, avec ses fonds propres, elle modernise et agrandit le refuge animalier de Gennevilliers. Elle organise des manifestations retentissantes contre les corridas dans la capitale en 1930. Un rue Crespin-Du Gast honore sa mémoire à Ménilmontant.

Militante féministe soucieuse de l’avancée des droits des femmes et de leur émancipation, elle apporte sa contribution à l’ouvrage « Cinquante-ans de féminisme : 1870-1920 » publié par la Ligue française pour le droit des femmes en 1921. Elle se fait aussi écrivaine pour raconter ses exploits sportifs telle la course Alger-Toulon.

Elle repose au cimetière du père Lachaise.

 

Femme en avance sur son temps, comme Marie Marvingt

Eprise de liberté, Camille est faite pour gérer des situations difficiles et complexes mais toujours avec un esprit original et d’avant-garde  et avec la légèreté insouciante d’une adolescente.

Elle a le goût des voyages et des déplacements chevillé au corps, et elle donne sa pleine mesure dans les situations de défis qui requièrent habileté et vivacité.

Pour cette femme hors norme, il est naturel de s’intéresser à l’automobile, mécanique d’avant-garde qui est en train de naître et de révolutionner les déplacements.

Grandement déçue dans son affection maternelle, sa fibre humaniste la porte alors à s’intéresser… aux animaux, ces êtres vivants vulnérables et parfois victimes du genre humain.

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 


Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

haut de page