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Instigatrice géniale d’une escroquerie qui secoue le milieu politique et financier de la fin du 19e siècle, elle se dit héritière d’un riche Américain. « La Grande Thérèse » dupe son monde pendant dix-sept ans avant que la justice ne découvre la supercherie en 1902.

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Thérèse HUMBERT
(Née Marie-Thérèse D’AURIGNAC épouse HUMBERT)

Née le 10 septembre 1855 à trois heures du soir à Aussonne 31 Haute-Garonne
Selon acte n°25 AD31 en ligne (vue 46 EC 1 E9)

Décédée en 1918 à Chicago USA

 

Son époux :

Frédéric HUMBERT
(Eugène Frédéric Gaston HUMBERT)

Né le 19 juillet 1857 à Paris 5e (acte reconstitué sans heure de naissance)
Source Archives Paris en ligne

Décédé à Paris le 14 décembre 1937

 

 

 

Thérèse vise la fortune et le beau mariage. Pendant un temps, elle aura tout cela !

Issue d’une famille paysanne, Thérèse montre, dès l’adolescence, un don pour la ruse et les artifices. On dit qu’elle est habile à convaincre, notamment ses amies, de mettre en commun leurs bijoux afin de faire croire à leurs prétendants qu’elles sont riches !

C’est  en partie grâce à ce stratagème qu’elle parvient à séduire et épouser Frédéric Humbert fils de Gustave Humbert, maire de Toulouse. Ce dernier devient par la suite ministre de la Justice en 1882, dans le gouvernement de Charles de Freycinet. Il sera également premier président de la Cour des Comptes.

Pour son mariage, qui a lieu le 7 septembre 1878 à Beauzelle, Thérèse escroque déjà son coiffeur, que, non seulement elle ne paie pas mais à qui elle demande aussi d’avancer le prix du cortège, dette qu’elle ne règlera jamais.

L’année suivante, cette jeune femme de 24 ans prétend être légataire d’une partie de l’héritage d’un Américain millionnaire, Robert Henry Crawford. Elle affirme attendre une somme considérable à l’issue d’un interminable procès en succession. Comme Frédéric Humbert, avocat et député de Seine-et-Marne, connaît bien le droit, il peut aisément manier les textes et utiliser toutes les astuces juridiques pour faire durer la mystification.

Les phases de ce procès-fleuve donnent lieu à d’importants débats et le Tout-Paris, dont font partie Thérèse et Frédéric suit avec passion ce démêlé judiciaire. C’est ainsi que la qualité d’héritière de Thérèse n’en est que plus notoire.

 

Au nom de l’héritage à venir, gros emprunts et grand train de vie…

Moyennant la garantie de ce supposé héritage, les Humbert empruntent sans compter et fréquentent la meilleure société parisienne.

Ils emménagent à Paris, dans un hôtel particulier de l’avenue de la Grande-Armée. Puis, ils achètent le château de Vives-Eaux à Vosves (Dammarie-les-Lys), près de la forêt de Fontainebleau. Menant grand train de vie, ils organisent de grandioses réceptions à Paris ou dans leur château où ils reçoivent tout ce qui compte dans le monde de la politique, des lettres, de la magistrature, du barreau, et bien sûr des finances.

C’est ainsi que le couple Humbert peut continuer à emprunter à taux élevé des sommes considérables pour payer le procès et continuer leur train de vie somptueux. Les prêteurs sont assurés de récupérer leur argent lorsque Thérèse aura touché son fabuleux héritage.

C’est ainsi que le couple Humbert parvient à emprunter jusqu’à 50 millions de francs de l’époque, sans effort mais par l’entremise de bons avocats.

Cette monumentale escroquerie dure depuis dix-sept années quand le bâtonnier Dubuis chargé de la défense des intérêts de Thérèse consent, dans son honnêteté, à l’ouverture du coffre des époux Humbert où se trouve la preuve de ce fabuleux héritage.

 


Thérèse Humbert et maître Henri Robert

 

Mais dans ce coffre, il n’y a qu’une brique et une pièce d’un penny !

Nous sommes le 9 mai 1902, jour prévu de l’ouverture du coffre-fort des Humbert, avenue de la Grande-Armée.

Mais on attend en vain les propriétaires des lieux et quand on ouvre le coffre, il est vide !

Les Humbert en fuite, sont arrêtés à Madrid en décembre 1902.

Dans son édition du 31 janvier 1903, Le Figaro dirigé par Gaston Calmette, dresse le portrait des nouveaux prisonniers tels qu’ils ont été vus avant leur extradition pour la France :

Thérèse a une tête à porter la culotte, masque viril, œil clair, hardi, nez puissant, indice d’un caractère dominateur. Quant à son époux Frédéric, il a le regard vague, taciturne, quasiment prostré.

Lors du procès qui dure du 8 au 22 août 1903, Thérèse est défendue par un ténor du Barreau français, Fernand Labori. La France entière, à la fois scandalisée et fascinée, suit le procès de la « Grande Thérèse ».

Elle est condamnée à cinq ans de travaux forcés, tout comme son mari Frédéric. Ses deux frères, qui sont pseudos «neveux Crawford » sont condamnés également.

Une fois libéré, le couple émigre vers les USA et Thérèse meurt à Chicago en 1918.

La découverte de cette formidable escroquerie secoue le monde politique et le procès retentissant qui s’en suit est largement relayé par la presse.

Thérèse Humbert, habile affabulatrice, calculatrice et avide d’héritage même fictif, inspire notamment une pièce de théâtre ainsi qu’un téléfilm en 1983 où son rôle est tenu par Simone Signoret.

 

 

Thérèse Humbert

 

Frédéric Humbert


(Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 

Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

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