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Chef de rayon au « Bon Marché », ce génie des affaires fonde, en 1865, le grand magasin « Le Printemps » dans un Paris tout juste métamorphosé par Haussmann. C’est le chemin d’une réussite époustouflante.

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Jules JALUZOT

Né le 8 mai 1834 à 7 heures du matin à  Corvol-l’Orgueilleux Nièvre 58

Décédé le 21 février 1916 à Paris


 

Chef de rayon du « Bon Marché » et, bien doté par son épouse, il fonde « Le Printemps »

Fils de notaire, après des études classiques, il est admissible à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. C’est alors qu’il change de voie et se fait embaucher comme simple commis dans une maison de commerce « Aux villes de France », puis entre aux magasins d’Aristide Boucicaut «Le Bon Marché », dont il gravit les échelons, pour devenir chef du rayon soieries.

C’est là qu’il rencontre, parmi ses clientes, sa future épouse, actrice sociétaire de la Comédie Française. Augustine Figeac a 13 ans de plus que Jules et apporte une confortable dot de mariage (300 000 francs or) et tout un réseau de connaissances très utiles en affaires. En cette époque d’ardeur commerciale inhérente au Second Empire, Jules, ainsi nanti, peut se mettre à son compte, en grand. En effet, Paris se modernise sous l’impulsion de l’intrépide préfet Haussmann, dirigeant les travaux voulus par Napoléon III, et les grands magasins apparaissent dans les nouvelles voies larges et prestigieuses.

 

Situé au cœur d’un Paris modernisé et prestigieux, le magasin prospère et innove

Ainsi, le boulevard Haussmann et la rue du Havre nouvellement ouverts, sont l’emplacement choisi pour profiter du futur public attiré par l’Opéra et la gare Saint-Lazare en construction. C’est là que Jules fonde son magasin  « Le Printemps ». Nous sommes en 1865 et Jules a 30 ans.

Dans ce magasin de belle taille, les marchandises d’abord rangées sur les étagères ne sont déployées qu’à la demande de la clientèle. Jules adopte très vite une technique de vente moderne : la marchandise est étalée, les draperies et tapis exposés au balcon. Les clientes peuvent palper et voir de près « l’objet de leur désir ».

Rapidement, cet établissement devient l’un des trois plus importants magasins de la capitale.

Jules, à la barbe grandiose et soigneusement peigné, est un visionnaire habité par le génie des affaires.

Il officialise les soldes, invente le rayon « épargne », synonyme d’achat à crédit, ainsi que la vente par correspondance avec des catalogues en plusieurs langues pour la France et l’Europe. Pour ses employés, il fonde une caisse de retraite.

S’adressant à une clientèle féminine, il sait judicieusement faire de la réclame et adopte la devise : Toute femme élégante est cliente du Printemps. Zola s’inspire de cette réussite quand il écrit « Au Bonheur des Dames ».

 

Dès 1874, il fait installer des ascenseurs et en vante le confort dans sa publicité. Seulement trois ans après l’invention de l’électricité, tous les étages de son magasin sont dotés de l’éclairage électrique, grâce à cinq machines à vapeur disposées dans les sous-sols. En 1905, il est équipé d’un standard téléphonique.

Le 9 mars 1881, un gigantesque incendie détruit tout le magasin. L’origine serait due à une mauvaise manœuvre de l’employé préposé à l’allumage du gaz qui aurait mis le feu à un rideau. Jaluzot et sa femme, ainsi que les commis et le personnel féminin habitent au 4e étage et échappent de justesse au sinistre grâce à la célérité de Jules qui dirige l’évacuation.

En habile administrateur, Jules Jaluzot fait reconstruire un magasin grâce à une société par actions dont il est le gérant et le principal intéressé. Cette bâtisse majestueuse s’orne de quatre tourelles.

En 1883, un deuxième magasin voit le jour boulevard Haussmann.

 

Jaluzot, par un goût excessif du profit,
perd l’exclusivité des droits de reproduction de la Tour Eiffel

Dès 1887 - année de début de la construction de la Tour – Eiffel, en homme avisé, concède à Jaluzot, directeur du Printemps, l’autorisation exclusive de reproduire des miniatures de « tours », avec les chutes et rognures du monument, qu’il rachète au prix de 8 fr le kilo.

Jaluzot, de son côté, qui a le génie des affaires, sous-traite sa concession à une multitude de petits industriels : bijoutiers, verriers, bronziers, éventaillistes… qui fabriquent ou peignent des millions de tours Eiffel.

Puis Jaluzot, alléché, augmente à 50 % les droits de reproduction de tout objet figurant « sa tour ». Cela sème grande panique parmi ce petit monde d’artisans et un procès s’en suit.

Eiffel, confronté aux réclamations unanimes des grands et petits fabricants, reconnaît son erreur et refuse, dès lors, de continuer « l’exclusivité » à Jaluzot.

C’est ainsi que les reproductions de la fameuse tour, tombent dans le domaine public.

Dès son inauguration en 1889, le peuple adopte la Tour Eiffel avec une ferveur touchante et veut l’emporter avec lui, comme une madone qu’on ramène d’un pèlerinage. C’est ainsi qu’on la retrouve trônant sur les cheminées, entre deux portraits de famille !

Source : revue Historia n°80 d’octobre 1954

 

Jaluzot, fondateur de magasin, mais aussi député, chef d’industrie et patron de presse

Jaluzot possède également de nombreuses propriétés industrielles dans le Nivernais, cordonnerie, passementerie, cimenterie, et, dans l’Aisne, distillerie et raffinerie de sucre. Il peut se flatter alors de donner du travail à 10 000 ouvriers.

Il s’adonne aussi à la politique, avec autant de succès, puisque, devenu maire de Corvol, il  est élu député de Clamecy, dès le 1er tour des élections législatives de septembre 1889. Réélu plusieurs fois, il est un député conservateur, antidreyfusard, rallié au boulangisme et opposé à la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Il prend une part active aux travaux parlementaires.

Il se montre «toujours le même, indépendant, libéral, respectueux du gouvernement de la République, ennemi de toute révolution, entendant défendre sous le gouvernement de la République, l'ordre, la liberté, et donner l'exemple de la probité politique ».

En outre, il est à la tête de plusieurs organes de presse nationaux et locaux dont La Presse et La Patrie.

La fin de sa vie est minée par des affaires, et une partie de sa fortune est engloutie pour payer ses créanciers, notamment à la suite de compromissions lors du krach du sucre en 1905. Inculpé pour abus de confiance, il est condamné à une peine de prison avec sursis par le Parquet de Paris.

C’est alors qu’il renonce, à la fois à la politique, à la presse et au commerce. Après ces déboires, Jaluzot part, semble-t-il, au Maroc où il achète des milliers d’hectares de terrain à des fins spéculatives.

Jules Jaluzot, par son ambition, sa réussite et sa démesure, est représentatif du monde des affaires de la IIIe République.

Ainsi, en 1908, il abandonne la gérance des « Grands Magasins du Printemps » et se retire dans ses propriétés de la Nièvre.

A la Grande Guerre, son fils meurt lors de la bataille de la Marne en septembre 1914. Jules Jaluzot décède chez sa fille à Paris, le 21 février 1916.

 

L’enseigne du Printemps continue de prospérer puisqu’en 1912, un magasin ouvre à Deauville et en 1930 un 3e magasin ouvre à Paris. En 1923, une coupole et des vitraux bleus viennent orner le Printemps de Paris.

L’enseigne est encore présente dans la capitale.

 

Source documentaire : merci à Annie Delaitre-Rélu « 170e anniversaire de la naissance du fondateur des Magasins du Printemps »

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


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