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Formidable tribun, grande figure du socialisme sous la IIIe République, militant rassembleur et pacifiste, il meurt en « martyr de la paix » le 31 juillet 1914. La Première Guerre mondiale éclate le 3 août.

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Jean Jaurès

Né Auguste Marie Joseph Jean Jaurès né le 3 septembre 1859 à midi à Castres 81 Tarn
Selon acte de naissance n°390 – AD81 en ligne - 4 E 065 034_15 – vue 29

 Assassiné le 31 juillet 1914 à 21h45 à Paris 2e
Selon acte n°482 – Archives de Paris en ligne – 2D81 – vue 1/31

 

 

4e au Top10 des personnalités citées par noms de rue en France

A 26 ans, il est le plus jeune député de France

Rassembleur, il est chef de file du socialisme français

Philosophe et pédagogue, il veut éduquer le peuple et conquérir le suffrage universel

Acclamé chez les socialistes, haï chez les nationalistes, il tombe et la guerre triomphe

« Ils ont tué Jaurès ! »

Jaurès, serviteur du peuple au nom d’un idéal pour un mieux-vivre des humains

 

 

4e au Top10 des personnalités citées par noms de rue en France

Très présent dans la mémoire des Français, il est 4e au palmarès des personnalités qui ont le plus de rues à leur nom en France, après Charles de Gaulle, Louis Pasteur, Victor Hugo.

C’est par la politique que Jaurès entre dans l’histoire. Et justement, il aura l’amour de l’histoire en plus d’être philosophe, journaliste et syndicaliste.

Avant de devenir l’un des meilleurs tribuns de l’histoire parlementaire, brillant élève, il s’illustre déjà dès le collège en improvisant à la demande du principal et au nom des élèves un discours d’accueil pour le préfet en visite inopinée dans l’établissement.

Né dans une famille de petite bourgeoisie de Castres, descendante de la paysannerie, avec son frère Louis, il passe son enfance dans une ferme. Il en gardera pour la vie un fort attachement à ses racines en pays d’oc au point d’en parler le patois qu’il utilisera à l’occasion dans ses campagnes électorales.

Si à sa naissance, son père Jules est signalé « négociant », en réalité, de nature instable et irascible, il est tour à tour colporteur, marchand forain, terrassier avant de s’installer cultivateur dans une petite ferme près de Castres où la maladie l’emporte à l’âge de 63 ans. Dans ce contexte, c’est Adelaïde Barbaza sa mère, issue d’une bonne famille de marchands drapiers, qui s’active pour deux et fait marcher la maison en se dévouant à ses deux garçons.

C’est l’oncle Louis Barbaza, officier riche, célibataire et érudit, qui finance les études de ses neveux et leur transmet l’amour de l’histoire et de la langue d’oc.

Brillants élèves les deux fils Jaurès collectionnent les premiers prix et Louis deviendra amiral tandis que Jean est orienté vers l’Ecole normale supérieure (ENS).

Professeur à Albi puis à Toulouse, après l’agrégation de philosophie où il est 3e en 1881, son goût pour la politique le pousse dès ses études à assister aux débats du Palais-Bourbon où son talent d’orateur fera merveille quelques années plus tard.

 


Jean Jaurès vers 1875

 

A 26 ans, il est le plus jeune député de France

Elu dans le Tarn en 1885, quand il débarque à 26 ans à la Chambre des députés, il est le plus jeune député de France. Il intervient peu, mais mesure vite l’inertie en matière sociale, il se tourne vers le socialisme et se trouve rapporteur de la loi de 1887 instaurant les délégués mineurs sans parvenir à rencontrer Benoît Malon à la Revue socialiste.

Jean Jaurès, homme de terrain, retrouvera le monde des ouvriers de la mine en 1892 à Carmaux, où son talent d’orateur et son soutien courageux aux grévistes  permettra d’éviter l’affrontement avec les forces de l’ordre et de réintégrer Jean-Baptiste Calvignac mineur et maire de Carmaux qui avait été licencié.

Déçu par le régime en place et les scandales politico-financiers dont celui de Panama en 1892, Jean Jaurès évolue au rythme des multiples grèves suivies de répressions face à un patronat qui refuse d’admettre les droits nouveaux reconnus aux ouvriers.

Elu en 1890 à la municipalité de Toulouse où il enseigne, il devient adjoint au maire chargé des affaires scolaires. L’année suivante, on lui confie l’arbitrage du conflit toulousain des traminots.

Les évènements sociaux, notamment la grève de Carmaux, confèrent au charismatique Jaurès un grand prestige si bien qu’entre 1893 et 1900, son intervention est sollicitée lors de nombreuses grèves.

Dans le même temps, sur le plan national, l’affaire Dreyfus secoue la République et divise la France. Le tribun socialiste affirme ses convictions dreyfusardes face aux socialistes de Jules Guesde qui se disent « non concernés par cette lutte entre bourgeois ». Jaurès leur rétorque que la lutte des classes ne conduit pas les ouvriers « à s’enfuir hors de l’humanité » (janvier 1899).

Après la réhabilitation de Dreyfus en 1906, Jaurès acquiert une certaine respectabilité auprès de l’opinion républicaine.


Statue de Jean Jaurès à Carmaux

 

Rassembleur, il est chef de file du socialisme français

Jaurès s’affirme bientôt comme le chef de file du socialisme français dont il déplore « l’émiettement en sectes ».  Après 1898, ayant mesuré la résistance et la puissance du capitalisme et conscient que la lutte ouvrière sera longue, il considère que l’urgence commande de s’unir.

Attaques, querelles, discordes idéologiques conduisent à faire naître deux partis socialistes :

-          Le Parti Socialiste de France (Blanqui, Guesde…) réunit les plus intransigeants et les plus révolutionnaires

-          Le Parti Socialiste français autour de Jaurès, Aristide Briand, Millerand, Allemane…


Carte d’adhérent de Jean Jaurès pour l’année 1913

 

L’unité s’impose en 1904 au congrès de l’Internationale socialiste à Amsterdam sous la forme de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO). Là, Jaurès estime avoir sauvé l’essentiel : l’unité du parti socialiste au prix toutefois de quelques concessions.

Mais dans les années suivantes, grâce à son charisme personnel, sa stature morale, ses dons d’orateur, les thèses de Jean Jaurès triomphent  notamment au congrès de Toulouse en 1908 où il rallie constamment la majorité à ses positions.


Jaurès photographié par Nadar en 1898

 

Philosophe et pédagogue, il veut éduquer le peuple et conquérir le suffrage universel

Fin connaisseur des philosophes allemands, en pédagogue-philosophe, Jean Jaurès sait prendre de la hauteur par rapport à l’action politique et sait faire la synthèse, entre socialisme et république, entre socialisme et démocratie. Optimiste, il se veut « éducateur du peuple », le capitalisme doit « dépérir » par la dynamique agissante du peuple qui fait la reconquête de ses outils de travail. Pour cela, il faut l’instruction publique, conquérir le suffrage universel notamment au niveau des mairies, améliorer la condition ouvrière (durée du travail, retraite, syndicat…).

Au niveau de l’Europe, il se fait apôtre de la paix gravement menacée par le mécanisme des alliances entre états et les dangers de l’impérialisme.

Porté par une vision mondiale de l’humain, il dénonce la colonisation et le colonialisme et comprend le désir de liberté des peuples colonisés.

En 1912, conscient de la gravité de la crise internationale et la montée du nationalisme, ce pacifiste fait adopter une motion  qui déclare « la guerre à la guerre » lors d’un congrès extraordinaire de l’Internationale socialiste qu’il a convoqué à Bâle.


Discours de Jean Jaurès au Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913

 

Acclamé chez les socialistes, haï chez les nationalistes, il tombe et la guerre triomphe

Avril 1914 voit l’élection d’une majorité de gauche à l’assemblée et le 14 juillet, un congrès de la SFIO adopte le principe de la grève générale contre la guerre ce qui vaut à Jaurès la haine féroce des nationalistes. Dans le même temps, si  la France revancharde se prépare à la guerre, elle se passionne aussi pour le procès de la dame Caillaux, revancharde elle-aussi et qui est allée avec son pistolet donner une leçon radicale à Calmette directeur du Figaro.

Le 29 juillet, à Bruxelles à la suite d’une réunion du Bureau socialiste international, Jaurès au verbe et aux gestes inégalables en tribune est acclamé avec les leaders socialistes par 10.000 personnes pour leur volonté de paix.

Le 31 juillet, l’Allemagne décrète « l’état de danger de guerre » et Jaurès compte publier dès le lendemain un « J’accuse »  dans  L’Humanité –journal qu’il a créé – pour dénoncer au grand jour les responsables de la crise : « ces ministres à la tête légère… ».

Il n’en aura pas le temps. Alors qu’il dîne au café du Croissant, il est assassiné d’un coup de révolver par le jeune nationaliste Raoul Villain.  

Sa dépouille sera transférée au Panthéon en 1924.


Reconstitution de l’assassinat de Jaurès – Le Matin 22 mars 1919

 

« Ils ont tué Jaurès ! »

La guerre éclate le 3 août 1914 et les socialistes ont voté les crédits de guerre.

Parmi les 1.4 million de morts, il y aura son fils l’aspirant Louis Jaurès tué à 20 ans en Picardie.

Fraternité, solidarité et paix, comme piliers de la République semblent dessiner le profil de ce leader au message universaliste et intemporel qui a écrit une grande et belle page de notre histoire des Français.

 

Son conseil comme un testament :

Soyez intraitable sur le principe de la liberté et ne construisez rien sans morale.

 

Sources documentaires :
Wikipédia
Brochure Cahiers de Village de Forez Jean Jaurès par Claude Latta historien et  édité en 2008 par le Centre Social de Montbrison (Loire)

 

Merci à l’historien Claude Latta pour la qualité de ses écrits et de ses conférences.

 

 

Jaurès, serviteur du peuple au nom d’un idéal pour un mieux-vivre des humains

Le caractère de Jean Jaurès influencé à la fois par l’esprit service de la Vierge et l’ingénieux Scorpion est taillé pour jouer un rôle public et ample au cœur des turpitudes politiques et sociales de son époque.

La chose publique est son domaine et batailler à créer des liens pour dénouer les conflits résume tout son art. Se faire l’intermédiaire adapté à toute situation lui est naturel et il lui en revient une facile popularité.

Intraitable analyste, acteur vif, clairvoyant et intuitif, il porte en lui une énergie démiurgique propre à soulever les montagnes, avec la maîtrise d’un bâtisseur de cathédrales qui soigne les fondations afin d’élever haut un édifice pour ses contemporains.

Il aime la tribune et c’est peu de l’écrire. En effet, mettre en scène et exposer ses idées devant la foule est tout son talent. Et dans son éclat oratoire, il porte toute la précision du verbe appuyé par un geste puissant. Il vit chacun de ses discours avec une énergie qu’aucune complexité n’arrête.

Voici un modeste aperçu des talents de ce serviteur du peuple porté par un idéal nourri dans la réalité du terrain.

 


(Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 


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