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Fondatrice de la congrégation des « Petites Sœurs des Pauvres »,
pour sa vie héroïque dévouée aux miséreux, elle est canonisée par Benoît XVI en 2009

 

Jeanne JUGAN

née dans la nuit du 24 au 25 octobre 1792 à Cancale 35 Ille-et-Vilaine,
selon acte de baptême et biographie de Mgr Trochu
(sur l’acte de baptême elle est inscrite sous le patronyme de « Joucan »)

décédée le 29 août 1879 à 9 h du matin à Saint Pern Ille-et-Vilaine 35,
selon acte n°9

 

 

 

Fille de marin disparu en mer, elle est orpheline à 4 ans

Quand elle naît dans le hameau des Petites Croix, à un quart de lieue de Cancale en Bretagne, Jeanne est la 6e enfant de Joseph Jugan et de Marie Horel. En cette année 1792, la tourmente révolutionnaire persécute le clergé et pour baptiser la petite, on s’en remet au prêtre constitutionnel Godefroy qui rédige l’acte de baptême.

Dans l’humble logis familial, couvert de chaumes, le sol est en terre battue et la lumière du jour se fait rare par les deux fenêtres étroites.


Maison natale de Jeanne Jugan

Embarqué sur un morutier dès l’âge de 15 ans, en direction de Terre-Neuve, le père est marin comme la plupart des cancalais. Chaque année, quand il rentre des six ou sept mois de cette pêche périlleuse à la morue, il se loue comme ouvrier agricole. Mais à l’automne 1896, le marin ne rentre plus. Sans doute disparu en mer, même si la mère déclare lors de la naissance de sa dernière-née : marin absent au service de la République.

Pour aider et soutenir sa mère, Jeanne garde vaches et chèvres et pour ses frères et sœurs plus jeunes ne ménage ni ses conseils, ni ses réprimandes.

Avec sa taille avantageuse, sa démarche alerte et ses traits réguliers, Jeanne endimanchée, du haut de ses 18 ans est, un jour, demandée en mariage par un jeune marin. Se trouvant trop jeune pour une si grave affaire, elle diffère sa réponse.

 

A 24 ans, « la grande Jugan » refuse le mariage disant : « Dieu me veut pour lui. Il me garde pour une œuvre qui n’est pas encore fondée… »

En 1810, on retrouve Jeanne aide-cuisinière au service de la vicomtesse de la Chouë près de Cancale. Celle qu’on appelle déjà « la grande Jugan » y demeure pendant cinq ou six ans.

Mais c’est en 1816, que s’éveille sa vocation de bienfaitrice des pauvres, à l’occasion d’une grande mission donnée à Cancale et qu’elle suit avec ferveur. Jeanne décline définitivement la demande en mariage de son soupirant.

L’année suivante, en 1817, elle entre comme aide-infirmière à l’hôpital du Rosais et entre dans le Tiers-Ordre de saint Jean Eudes, fondé au 17e siècle.

En 1823, comme son état de santé l’oblige à quitter le Rosais, elle est accueillie chez Mlle Lecoq à Saint Servan davantage en qualité d’amie que de domestique. Ensemble, elles rendent visite aux nombreux pauvres. En 1835, au décès de Mlle Lecoq, Jeanne fait des journées de travail dans les familles aisées de la région.

 

A l’hiver 1939, débute la grande œuvre de Jeanne, hospitalière aux pauvres et aux vieillards

A l'hiver 1839, dans son appartement de Saint-Servan, en accord avec ses deux compagnes Françoise Aubert et Virginie Trédaniel (*), elle recueille une personne âgée, aveugle et infirme, lui cède son lit et s’installe au grenier. Puis une seconde et une troisième personne sont accueillies.

En effet, depuis son plus jeune âge, sa vocation la porte à servir le Christ à travers les pauvres et les délaissés, car pour elle, la misère engendre le vice.

C’est l’humble début d’une grande œuvre. Jeanne a 47 ans.

 

(*) Virginie Trédaniel est née le 7 décembre 1821 à 17h30 à Saint Servan I. et V. 35, selon acte de naissance.

Orpheline recueillie en 1838 par Jeanne, elle œuvre, ensuite, à ses côtés pour aider et recueillir pauvres et malades. Elle devient en religion : Mère Marie-Thérèse de Jésus.

 

En décembre 1840, une jeune ouvrière malade vient se faire soigner chez Jeanne. Une fois guérie, elle se joint à elle.

Le groupe quitte, en 1841, l’appartement devenu trop étroit, pour un autre logement et pour subvenir aux besoins des hébergés, Jeanne inaugure la quête.

 

Elue Supérieure, puis déchue de son titre de fondatrice,
elle affronte cette épreuve dans le silence, la prière et l’abandon dans sa foi au Christ

 Jeanne est désormais connue pour sa charité et les demandes d’entrée de personnes âgées augmentent. A tel point, qu’il faut acquérir un ancien couvent à Saint Servan.

C’est le 29 mai 1842, que Jeanne est élue supérieure de la petite association, en présence de l’abbé Le Pailleur vicaire à Saint Servan. Un règlement hospitalier est adopté pour cet hospice de vieillards fondé sous la conduite de Jeanne. Avec ses trois compagnes, elles se nomment  « Servantes des Pauvres ».

« Organiser un asile pour héberger vingt pauvresses âgées et malades, voilà ce que Jeanne la Quêteuse a réalisé en l’espace de cinquante jours ! »

Mais le 23 décembre 1843, l’abbé Le Pailleur, de sa propre autorité, casse cette élection et choisit Marie Jamet pour la remplacer. Dès lors, Jeanne est honteusement déchue de sa charge de fondatrice.

L’année suivante les « Servantes des Pauvres » deviennent « Petites Sœurs des Pauvres ». Mais, gardant le souvenir de cette irrésistible  et infatigable quêteuse, les citadins et villageois de l’Anjou, continuent de nommer ces femmes « les Jeanne Jugan ».

Si, en décembre 1839, une seule « bonne vieille » est recueillie dans la mansarde de Saint Servan, à la fin de 1850, les «Petites Sœurs » sont une centaine donnant l’hospitalité à plus de 600 vieillards dans 11 maisons d’asile.

Malgré l’injuste destitution, le prix Montyon (prix de vertu décerné aux personnes méritantes) est attribué, par l’Académie Française, à Jeanne pour  son œuvre, le 11 décembre 1845.


La charge de Jeanne Jugan est désormais réduite à la simple et rude activité de quêteuse. Cette épreuve est terrible souffrance pour elle, mais elle ne répond que par le silence, la douceur, l’abandon dans une foi d’amour et de service pour les plus pauvres.
 

Toutefois, rencontrant l’abbé Le Pailleur, elle lui dit un jour :

« Vous m’avez volé mon œuvre… Mais je vous la donne de bon cœur ! »

 

Un quart de siècle après sa mort, la vérité se fait
puis Jeanne est déclarée sainte en 2009

Au fil du temps, l’oubli se fait sur Jeanne Jugan et les débuts de son œuvre sont falsifiés. L’abbé Le Pailleur se fait passer pour l’authentique et unique fondateur des Petites Sœurs des Pauvres. Dès lors et pour le reste de sa longue existence, elle vit 27 années de mise à l’écart de 1852 à 1879.

Quand elle décède, peu de Petites Sœurs savent qu’elle est fondatrice de leur congrégation qui compte alors 2 400 religieuses. Toutefois, elle exerce une réelle influence auprès des jeunes postulantes et novices dont elle partage la vie.

Peu à peu, la lumière va se faire, mais il faut attendre 1902 pour que la vérité se dévoile :

Jeanne Jugan, devenue en religion Sœur Marie de la Croix, morte dans l’oubli un quart de siècle plus tôt, n’est pas la troisième Petite Sœur, comme on l’a fait croire mais bien la première fondatrice.

Elle est déclarée sainte par le pape Benoît XVI le 11 octobre 2009.

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


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