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Surnommé « Le Frisé » puis « Tatave », il gagne en 1910 le Tour de France conclu à la vitesse record de 29,2 km/h et qui, pour la première fois, gravit les Pyrénées et voit l’apparition de la voiture-balai !

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Octave LAPIZE

Né le 24 octobre 1887 à 18 heures à Paris 14e
Selon acte n°5043 source : Archives de Paris en ligne

Décédé le 14 juillet 1917 à Toul Meurthe-et-Moselle

 

 

Au Tour 1910, quatre cols pyrénéens sur d’improbables routes
pour une étape de 326 km

Le Tour de France aborde pour la première fois la montagne - le Ballon d’Alsace - en 1905. Sous la maîtrise de son créateur Henri Desgrange, il s’agit d’innover sans cesse pour en faire un spectacle grandiose et populaire. S’inspirant de cette méthode, un de ses collaborateurs, Alphonse Steines, imagine un projet innovant : gravir les Pyrénées.

Vous êtes fou ! s’étrangle le patron de L’Auto. Je suis bien d’accord qu’il faut élargir le Tour, mais pas de cette façon saugrenue, en faisant passer les coureurs sur des routes qui n’existent pas.

Pour faire passer l’idée, Steines doit recourir à la reconnaissance sur le terrain, en plein hiver. Parvenu à Sainte-Marie-de Campan, lieu où, en 1913, le cycliste Eugène Christophe se "forgera" une grande partie de sa popularité, il monte dans une voiture pour explorer la montée de 19 km vers le Tourmalet, mais bloqué par la neige à 4 km du sommet, le collaborateur de Desgrange se promet de finir à pied l’ascension et de retrouver son chauffeur sur l’autre versant.

Le Parisien, en chaussures de ville, avance péniblement dans un mur de neige qui dépasse 4m par endroits. Épuisé, en arrivant au sommet, il chute dans un ruisseau. En se relevant, il aperçoit les lumières de Barèges où il retrouve son chauffeur. Il est trois heures du matin.

Quelques heures plus tard, Steines envoie un télégramme à son patron où il indique : Passé Tourmalet… Très bonne route… Parfaitement praticable… 

Mais quand arrivent les étapes pyrénéennes du Tour de 1910, les organisateurs sont « dans leurs petits souliers » et Desgrange choisit de prolonger sa cure à Luchon, préférant laisser à ses collaborateurs le soin d’assumer en cas de malheur !

 

 

L’étape Luchon-Bayonne pousse les coureurs à l’héroïsme et Lapize à la rébellion

Le 21 juillet 1910, à 3h30 du matin, c’est le départ de la 10e étape qui s’inscrit dans l’Histoire du Tour de France comme l’une des dures jamais courue. Il s’agit de parcourir la montagne pyrénéenne et plus de 326 kilomètres, en franchissant les cols de Peyresourde, d’Aspin, du Tourmalet et d’Aubisque.

Lapize, réputé le meilleur grimpeur du peloton, s’échappe et franchit en leader le col d’Aspin. Mais dans l’ascension interminable du Tourmalet, il est contraint d’alterner la course à pied et le pédalage tandis que Garrigou reste sur sa machine pendant toute la montée. Cependant c’est Lapize qui atteint le sommet en premier avec 500 m d’avance. Dans l’Aubisque, Lafourcade, régional de l’étape, outsider sans équipe, rejoint les deux grimpeurs … et les distance.

Quand Lapize, épuisé, franchit le col, un quart d’heure plus tard, il trouve encore la ressource de s’écrier aux organisateurs : Des assassins ! Vous êtes des assassins !

Mais « Le Frisé » retrouve des forces dans la descente et distance l’héroïque Lafourcade, qui, anéanti par ses efforts surhumains, doit s’arrêter quelques minutes. A l’arrivée à Bayonne, Lapize finit au sprint en vainqueur après 14h10’ de course tandis que Garrigou arrive huitième à près d’une heure des premiers, mais il est le seul à être demeuré sur sa machine pendant quinze heures d’affilée !

La victoire ne suffit pas à apaiser l’humeur rebelle de « Tatave » qui continue d’affirmer : Desgrange est bien un assassin !

Il y a 59 rescapés, dignes des héros antiques, au terme de cette mythique étape Luchon-Bayonne  qui s’inscrit dans la grande Histoire du Tour.

Octave Lapize termine en vainqueur le Tour de France 1910. Et ce coureur, à l’énergie démiurgique, à l’âme de guerrier, au caractère trempé et à la répartie explosive, devient l’enfant chéri des Français qui le surnomme « Tatave ». Il gagne l’estime populaire pour avoir su s’opposer au patron du Tour de France, Henri Desgrange.

 

La guerre écourte la carrière de ce champion qui part combattre dans les airs et y laisse la vie

Lapize est né d’un père Lozérien, monté comme tant d’autres réussir à Paris. A la naissance d’Octave, son père est déclaré brasseur et sa mère, marchande de vin.

La carrière de Lapize dans le Tour sera une suite de coups de gueule. Ainsi, par exemple, en 1912, luttant contre un Belge, il met pied à terre dans les Pyrénées en expliquant : Tout le monde court pour les Belges, leurs équipiers et les autres. J’en ai marre. Je me tire !

En six participations au Tour de France, il est vainqueur de six étapes. Il est imbattable au Championnat de France de 1911 à 1913.

En étant le premier grand vainqueur des Pyrénées, inscrites pour la première fois au programme du Tour 1910, Lapize paraît donner raison aux audacieux organisateurs de cette épreuve.

Ce grand champion cycliste peut espérer encore de beaux exploits mais la Grande Guerre éclate. Ce batailleur volontaire se retrouve assez naturellement pilote puis moniteur dans l’Armée de l’Air. Aux commandes de son avion de chasse, il meurt en combat aérien le 14 juillet 1917.

 

D'autres personnages et anecdotes dans le dossier spécial "Tour de France"

 


(Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

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