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Quelques jours avant Lindbergh, il est peut-être,  avec François COLI, le 1er aviateur à franchir l’Atlantique Nord en mai 1927…

 

Charles NUNGESSER
(Charles Eugène Jules Marie NUNGESSER)

né le 15 mars 1892 à 15 heures (trois heures du soir) à Paris 10e
selon acte n° 1372

disparu dans l’Atlantique le 8 mai 1927

 

 

Elevé entre des parents divorcés, très jeune il connaît l’aventure en Amérique du Sud

Né de parents marchands bouchers, il obtient un brevet de mécanicien et d’électricien. Alors qu’il prépare l’Ecole des Arts et Métiers, des revers de fortune familiaux l’amènent à interrompre ses études. Pourvu d’un petit pécule par sa mère, il s’associe avec un allemand et s’occupe d’affaires liées à l’aviation. Il se fait voler, et se retrouve sans argent. Epris d’aventures, il part à Rio de Janeiro dans l’espoir de retrouver un oncle. Mais à l’arrivée, celui-ci a disparu sans laisser d’adresse. Il visite les deux Amériques et pratique divers métiers : manœuvre, mécanicien, boxeur, dresseur de chevaux. Il apprend à piloter et organise aussi des meetings d’aviation.

Retrouvant son oncle, il mène alors la vie de planteur et montre des qualités de cavalier, dresseur de chevaux sauvages et de tireur.

Sportif accompli, il entretient sa constitution robuste et athlétique et pratique l’athlétisme, la natation et l’automobile ; il excelle dans l’art de la boxe avec le même manager (F. Descamps) que Georges Carpentier.

En 1910, il se révèle un virtuose de l’acrobatie aérienne qu’il pratique sans brevet !

 

Hardi jusqu’à la témérité, il manifeste très jeune son goût du risque 

Un soir de 1912 en Amérique du Sud, il assiste à un match de boxe entre un indigène et un français qui est vaincu au 1er round – le vainqueur ironise : « les Français sont beaux parleurs mais ne valent rien au travail »- Attendez, nous allons voir répond Nungesser qui enlevant sa veste de smoking et relevant les manches de sa chemise se plante devant l’indigène, solide colosse qui regarde avec commisération cet adversaire de 65 kg – Nungesser va 14 fois à terre, se relève chaque fois – Le professionnel lui assène alors un coup terrible et Nungesser s’effondre pour la 15e fois – L’arbitre va annoncer la fin du combat quand on voit cet enfant de 20 ans se redresser tel un ressort, feinter du gauche, crocheter du droit atteignant au cœur l’indigène qui s’affale à son tour et … ne se relève plus – Les spectateurs sont secoués d’enthousiasme devant ce courage.

 

De retour en France, engagé dans les hussards, il obtient aussitôt une médaille militaire et le titre de « Hussard de la Mors »

Quand la guerre de 14-18 éclate, il rentre en France,  il est incorporé dans le 2e régiment de hussards. C’est ainsi que le 3 septembre 1914, le cavalier Nungesser est  en mission avec son lieutenant. Alors que ce dernier est blessé, Charles le met à l’abri et continue néanmoins  son utile mission de renseignement à travers les lignes ennemies. Voyant venir une puissante voiture Mors, il tend une embuscade en fermant un passage à niveau pour obliger la voiture à s’arrêter. Il abat les 4 occupants prussiens et s’empare de la voiture qu’il ramène en course folle, sous les feux de l’ennemi, à son Quartier Général, rapportant les plans trouvés sur les officiers prussiens.
Cette action d’éclat lui vaut le grade de brigadier et une médaille militaire sans compter le titre de « hussard de la Mors » qu’il transforme en « hussard de la mort ». Cette appellation l’incite plus tard à faire peindre sur son avion un cœur renfermant un cercueil, une tête de mort et deux tibias, le tout flanqué de deux chandeliers. Cet emblème sur le fuselage sera célèbre sur tous les fronts.

 

Guerrier ardent et virtuose infatigable, il devient « AS » de la Grande Guerre, totalisant 45 victoires homologuées

Début 1915, il passe dans l’aviation et il est breveté pilote militaire le 17 mars sous le n° 1803, sur avion Farman. Puis intègre l’escadrille VB 106 le 8 avril 1915.

D’un allant et d’un entrain remarquables, il développe une grande activité sur le front et sort vainqueur de missions périlleuses. Il est promu adjudant le 18 mai 1915. Sur son bombardier il accomplit 53 missions de bombardement de jour et de nuit. Il se révèle un virtuose aux commandes de son Voisin X. Ainsi, plusieurs fois, il termine ses patrouilles de chasse par des acrobaties au-dessus de son terrain. Ceci lui vaut une punition qui est cependant levée lorsqu’il abat un biplace ennemi Albatros le 28 novembre 1915. Muté à l’escadrille N65, il y combat jusqu’à la fin des hostilités.

Aux commandes d’un prototype d’avion de chasse, qui s’écrase au décollage,  il est grièvement blessé en février 1916 : le manche à balai lui traverse le palais et lui fracasse la mâchoire tandis qu’il a une jambe fracturée. Sorti de l’hôpital, le 28 mars, il refuse d’être réformé et retourne à son escadrille. Il doit alors se faire porter pour entrer et  sortir de son avion.

 

Surmontant ses terribles blessures, il continue de combattre sans répit au mépris des pires dangers

Il participe à la bataille de Verdun et survole le front de la Somme, en remportant de nombreuses victoires dont 3 pour la seule journée du 26 septembre 1916. Mais son état de santé précaire lié à ses nombreuses blessures au combat l’oblige à retourner à l’hôpital. Il parvient à en sortir après avoir négocié un accord avec ses médecins et l’état-major : il doit suivre un traitement à l’hôpital après chacun de ses vols.

Pendant  une convalescence, il s’occupe à enseigner aux jeunes pilotes de son groupe les disciplines du combat collectif. Il continue aussi à se perfectionner en étudiant au sol les récents appareils de visée et de navigation. Malheureusement, il est gravement blessé dans un accident d’automobile où périt le conducteur Pochon qui est aussi son mécanicien.

Malgré ses lourds handicaps physiques, il continue vaillamment de combattre et accumule les succès : seuls Fonck et Guynemer le dépasse en nombre de victoires aériennes dont cinq en deux jours en 1918. Si bien que l’Amérique lui décerne sa médaille de guerre en janvier 1918.


Le Nieuport 17 de Nungesser

 

Le 25 août 1918, pour prouver qu’il n’est pas un homme fini malgré ses 17 blessures, il parie de faire la traversée de Paris à la nage. Sans préparation, il y parvient en trois heures de vrai calvaire et se classe dans les premiers. Il reçoit une formidable ovation du public.

 

La guerre finie, reste l’exhibition aéronautique pour le Capitaine Nungesser puis…   
le formidable défi de traverser l’Atlantique Nord

A l’Armistice, sa popularité est prodigieuse. Applaudi, entouré, couvert d’honneurs : cette vie dorée le lasse vite. En homme d’action et de défi, il pratique de nombreux sports et continue à voler. En 1920, il crée une école de pilotage sur la proposition du Sous-secrétaire d’Etat à l’Aviation. Le succès arrive mais dure peu car on reproche à Nungesser d’exalter l’héroïsme alors que le monde d’alors préfère danser. Touché par cet échec, il le surmonte pourtant grâce à son orgueil et gagne sa vie en participant à des meetings aériens.

Il épouse Consuelo Hatmaker, une américaine que l’on dit fortunée, le 28 juillet 1923 à Paris 8e mais divorce trois ans plus tard.

Il accepte une tournée d’exhibition aéronautique en Amérique, reproduisant dans le ciel les duels  aériens de la guerre. D’octobre 1923 à fin 1925, en compagnie de Weiss, leur tournée tient du cirque ambulant et du théâtre.

Lassé de cette vie errante, les pilotes rentrent en France mais Nungesser songe depuis longtemps à traverser l’Atlantique. Cette épopée exceptionnelle semble à la mesure de ce baroudeur en mal de défi. Il lui faut un excellent navigateur et ce sera le capitaine François COLI. Le constructeur Pierre Levasseur leur aménage pour ce raid, un triplace nommé « L’Oiseau Blanc », un monomoteur biplan.

 

A 5h18 le 8 mai 1927, l’avion de Nungesser et Coli s’envole du Bourget au-dessus d’une foule admirative. C’est à 6h45 qu’il survole Etretat et dès lors on ne sait plus rien.
Pourtant un journal « La Presse » imprime « Nungesser et Coli ont réussi ».

L’Amérique confirme officiellement qu’on ignore le sort de l’Oiseau Blanc et 9 avions partent à sa recherche. Mais le temps est si mauvais qu’ils manquent de se perdre.

Ainsi disparaît cet homme exceptionnel, digne successeur des héros de l’antiquité.

Un monument lui est élevé à Valenciennes et à Etretat.

 

L’Oiseau Blanc toujours recherché et le mystère de sa disparition peut-être bientôt levé…

Le 21 mai 1927, un autre Charles réussit cette traversée et Lindbergh devient ainsi le héros de l’Atlantique Nord. L’histoire aurait pu en rester là…

Mais Bernard Décré, marin et pilote, passionné de Nungesser réalise des recherches qui permettent désormais de situer la zone, au large de St Pierre et Miquelon, où l’Oiseau Blanc serait immergé entre trente et cinquante mètres de profondeur, non loin de son point d’arrivée. Le secteur où a été entendu l’avion est maintenant bien identifié, notamment grâce au témoignage d’un marin-pêcheur accompagné de son labrador.

Selon certaines sources, l’avion de Nungesser et Coli aurait été abattu en plein vol par des trafiquants d’alcool en transit à Saint-Pierre-et-Miquelon, une base arrière de la contrebande durant la prohibition. Al Capone aurait même séjourné sur l’île au moment du raid à l’hôtel Robert. Encore plus troublant, une peinture de la même époque, mettant en scène l’Oiseau Blanc piquant en pleine mer sous des rafales de balles, a été mise à jour récemment dans les caves de la représentation de Saint-Pierre-et-Miquelon à Paris.

Bernard Décré et son équipe affirment :

Nous disposons de suffisamment d'éléments pour réhabiliter nos deux aviateurs, affirmer qu'ils ont traversé l'Atlantique 11 jours avant Lindbergh, et établi le record de distance. Nous allons donc proposer ces éléments à une commission de spécialistes de l'Histoire de l'Aviation, nationale, puis internationale, avec la collaboration des Américains. Nous n'avons plus le droit de nous taire ! (publié en novembre 2010)

 

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

Pour en savoir plus sur les AS de la guerre de 14-18" : http://www.janinetissot.com/travaux/as-guerre.html


Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

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