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Prêtre lazariste au rayonnement extraordinaire et discret sur l’intelligentsia française du premier tiers du 20e siècle, malgré sa cécité et sa mise à l’écart par le Saint-Siège.
Bergson le dit … transporté au-dessus de lui-même.

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Guillaume POUGET

Né le 14 octobre 1847 à 6 heures du matin à Maurines Cantal 15
selon acte n°9 AD15 en ligne

Décédé le 24 février 1933 à Paris

 

 

 

Monsieur Pouget était un prêtre hors du commun, un chercheur assoiffé de Dieu, un humble serviteur de l'Église et de sa congrégation, un savant érudit et autodidacte aux multiples dons.

Voilà le témoignage unanime de ceux qui ont connu ce prêtre et de ceux venus le consulter.

 

Fils de paysan, exceptionnellement doué, il devient séminariste

Quand il vient au monde dans le hameau de Morange sur la commune de Maurines dans le Cantal, il est le premier né d’une famille de six enfants. Ses parents, cultivateurs pauvres, souhaitent qu’il devienne prêtre. L’enfant semble surdoué, car il lit couramment à 5 ans, en ayant appris seul.

Il fréquente l’école à partir de 12 ans et seulement à la morte saison. Le reste de l’année, il aide son père, comme c’est l’usage dans la vie paysanne de l’époque.

Le curé du village, épaté par ses dons exceptionnels, engage ses parents à lui faire entreprendre des études. Et c’est ainsi qu’il entre au petit séminaire de Saint-Flour à 15 ans.

Ses études terminées et devenu prêtre en 1872, il entre chez les Pères Lazaristes, congrégation fondée en 1625 par Saint Vincent de Paul.

De 1872 à 1905, il enseigne diverses matières, sciences, philosophie, histoire, Ecritures Saintes, à Evreux, Saint-Flour, Dax et Paris.

Un temps, il se lance dans l’apprentissage de l’hébreu et des langues orientales.

 

Jugé « trop en avance sur son temps », le pape le démet de ses fonctions d’enseignant

Mais, le 20 juillet 1905, malgré le soutien de son supérieur, il est interdit d’enseignement des Ecritures Saintes, car il est jugé trop en avance sur son temps.

Humblement et sans se rebeller, il se soumet.

Dès lors, ce religieux sans diplôme - pas même le baccalauréat – va devenir pour le restant de ses jours, le père spirituel, le directeur de conscience, le confesseur et le maître vénéré d’une multitude de prêtres, d’intellectuels et de visiteurs venus, auprès de lui, chercher les réponses à leurs nombreuses interrogations.

Ainsi destitué de sa charge, il demeure néanmoins à la maison-mère des lazaristes au 95, rue de Sèvres à Paris. Il devient inapte à tout enseignement en raison d’une vue défaillante qui va jusqu’à la cécité totale (1909) due, à l’origine, à une explosion lors d’une expérience de physique, à l’époque où il enseignait cette matière.

Aveugle pendant un quart de siècle, il passe sa vie à partager ses connaissances avec ses nombreux visiteurs

Dans cette douloureuse épreuve, il acquiert une très grande élévation spirituelle, rayonnant sa foi et son expérience d’enseignant, grâce aussi à sa formidable mémoire.

Jusqu’à sa mort en 1933, il est ainsi disponible dans sa célèbre cellule 104, aidant les normaliens et autres étudiants dans leurs difficultés en exégèse. Il reçoit avec la même attention les personnes les plus simples comme les plus importantes.

Son influence est liée à son immense culture scientifique et exégétique et à ses conseils clairvoyants, en ce début de 20e siècle où le « modernisme » secoue l’Eglise et la conscience de nombreux croyants.

Ainsi  Jacques Chevalier, intellectuel chrétien, raconte sa première entrevue avec le Père Pouget dans sa cellule, le 12 décembre 1901 :

Je m'assis sur un petit tabouret, et M. Pouget, sans autre préambule, se mit à me parler, deux heures durant, de Paul et de Jean, du peuple juif et de la mission du Christ. Du premier coup, je fus conquis, et je m'attachai à lui pour jamais, pressentant sans la comprendre pleinement la grandeur incomparable qui se cachait derrière tant de simplicité. 

A son tour, le philosophe Henri Bergson confie à Jacques Chevalier ce qu’il pense du Père Pouget :

C'était un homme extraordinaire. L'impression qu'il me fit demeure une impression unique. Quand on pense à un homme comme celui-là, à une vie comme celle-là, il est triste de penser qu'un tel homme n'a pas été soutenu et qu'il n'a pas été mis à la place qui devait être la sienne. Mais on sentait bien, rien qu'à le voir, qu'il était insensible à ce genre de tristesse. D'autres l'avaient pour lui : lui-même était, pour l'éprouver, transporté trop au-dessus de lui-même.

Bergson écrira plus tard dans un de ses ouvrages :

«Au cours de ma vie, je n'ai rencontré qu'un seul homme vrai, c'est  Monsieur POUGET.»

Ainsi le Père Guillaume Pouget, vivant les 25 dernières années de sa vie totalement aveugle, partage sa foi, son amour de l’Eglise et ses multiples connaissances avec ses nombreux visiteurs qui sont universitaires chrétiens tels Jacques Chevalier, Jean Guitton, Emmanuel Mounier, Maurice Legendre et beaucoup d’autres personnes.

Albert Camus dit de lui : Il s'adresse au bon sens pour appuyer la révélation de ce qui passe le sens.  Il a fait de la critique historique un instrument d’ascèse.

Le philosophe Alain écrivant à Jean Guitton à propos de son livre sur le Père Pouget :

J'ai voulu lire sans tarder votre Monsieur Pouget. Inutile de vous dire que j'ai été complètement submergé : mais je finirai par en saisir quelque chose. C'est grand, c'est ancien comme les Grecs et les Romains. Il n'y a pas un mot qui ne puisse suggérer une précieuse idée. On est loin de tout, on ignore tout ; on est sur le point de savoir tout.

L’acteur Michel Serrault envisageait de porter à l'écran l’histoire de Guillaume Pouget, rêvant d'interpréter un jour la vie de ce prêtre qu'il admirait beaucoup. Il est décédé avant d’avoir pu réaliser ce projet.

Dans les profondeurs de l’homme, il y a du riche, du très riche. Le paradis n’est pas le bonheur, il est la gloire et que serait le bonheur sans la gloire d’avoir mérité le bonheur ? C’est quand on donne du sien qu’on a la gloire et il n’y a pas besoin de civilisation pour cela.
(Dialogue avec M. Pouget par Jean Guitton)

 

Le Père Pouget demeure un inconnu car ses livres et ses réflexions ne seront jamais publiés.

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


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